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Réflexions sur « Introduction à l’œuvre sur le kavi et autres essais » de Wilhelm von Humboldt.

Partie I  La philosophie du langage de Humboldt 

L’étude du langage, projet d’une vie. 

Au XVIIème siècle, Wilhelm von Humboldt aurait probablement été qualifié d’honnête homme. Cet intellectuel prussien, né en 1767, a en effet abordé plusieurs domaines de la pensée tout en ayant une activité politique et diplomatique au service de son pays. Formé à la philosophie, au droit, à la philologie, Humboldt a finalement fait œuvre de philosophe du langage dans une vie marquée par deux tournants : celui de 1800, lorsqu’il découvre le peuple et la langue basques, découverte qui est à l’origine de son intérêt pour l’étude du langage ; puis celui du dernier jour de l’année 1819, lorsqu’il met fin à sa carrière publique pour se consacrer exclusivement à ses recherches linguistiques. Son œuvre reste inachevée au moment de sa mort en 1835.[1] 

La découverte de la langue et du peuple basques par Wilhelm von Humboldt en 1800 lui « fit sentir, de façon absolument incomparable, la communauté d’appartenance qui existe entre le caractère d’un peuple, sa langue et son sol. »[2] Ce fut le point de départ d’une nouvelle orientation donnée à sa vie intellectuelle. Dans une lettre à son ami, l’écrivain Theodor Körner, Humboldt déclara : « Je voudrais, dans les quelques années que la vie nous réserve encore, accomplir quelque chose dont je puisse moi-même reconnaître la valeur. Quand on n’est pas né, comme c’est mon cas, pour produire une œuvre d’art, on est extrêmement reconnaissant au destin de parvenir à donner une orientation déterminée à une recherche spécialisée, quelle qu’elle soit, et c’est de quoi je me fais fort en ce domaine. »[3] C’est ainsi qu’à partir de 1820, Humboldt s’est consacré à une recherche qui tient à la fois de l’étude comparée des langues, de la linguistique et de la philosophie. Nous pouvons probablement le considérer comme le premier philosophe du langage. Sa mort en 1835 laisse inachevée une étude sur le kavi, une langue littéraire ancienne parlée à Java. Toutefois, l’introduction de cette étude fut rédigée en 1834. Elle nous offre un remarquable témoignage de la pensée de Humboldt en matière de philosophie du langage. 

Présentation du texte. 

L’introduction de ce projet d’étude sur une langue asiatique est certainement à considérer comme l’aboutissement du cheminement de la pensée de Humboldt depuis le début du XIXème siècle. C’est du moins l’hypothèse de travail de son traducteur Pierre Caussat qui voit dans l’Introduction à l’œuvre sur le kavi « la réplique ultime des interrogations des années 1800, réplique chargée de toute la densité du projet réalisé, et sillonnée des fissures qui prolongent l’interrogation originaire toujours en sursis. »[4] C’est la raison pour laquelle, il fait précéder l’Introduction, dans la traduction française, de trois essais écrits antérieurement par Humboldt. 

Il s’agit tout d’abord de La tâche de l’historien[5], texte lu en public le 12 avril 1821, qui montre l’articulation entre les approches anthropologique et linguistique de Humboldt. 

Vient ensuite, dans la présentation de Caussat, La recherche linguistique comparative dans son rapport aux différentes phases du développement du langage[6], texte lu le 29 juin 1820, dans lequel Humboldt développe sa méthodologie et ses premières théories linguistiques. Il considère le langage comme inhérent à l’homme car « on ne voit pas comment le langage eût pu être inventé si le type n’en avait pas été déjà présent dans l’entendement humain. »[7] La diversité des langues humaines ne peut avoir d’autre but, selon lui, que de mettre en œuvre le domaine des idées « car il est évident que celui-ci constitue le terme vers lequel tendent, tels des rayons convergents, toutes les langues ; et c’est à préciser le rapport qu’elles soutiennent à l’égard de ce domaine, reconnu comme leur contenu commun, que vise en première instance notre recherche. »[8] La langue ne sert pas qu’à désigner et à communiquer, elle est un moyen d’appréhender le monde. Humboldt précise que « les langues sont moins des moyens destinés à représenter la vérité déjà connue, que des moyens promis à la découverte de la vérité jusque-là insoupçonnée. »[9] 

Enfin, Caussat présente un essai intitulé Le duel[10], texte de que Humboldt publia en 1826. Le duel, cette particularité grammaticale propre à certaines langues, est situé entre le singulier et le pluriel pour désigner la dualité. L’étude de la forme duelle permet à Humboldt, « de suivre le destin d’un segment linguistique singulier à travers l’ensemble des langues connues de la planète. »[11] Elle lui permet d’aborder « les changements que les langues ont subis au cours des siècles, afin de reconnaître quelles sont les propriétés dont ces changements seuls peuvent rendre compte. »[12] Il s’agit donc pour lui de faire un travail comparatif doublé d’une étude grammaticale précise. Le choix du duel est à cet égard intéressant car il apparaît aussi bien dans des langues simples que dans des langues raffinées. Humboldt met en place une étude comparative des langues basée sur les différentes modalités des formes grammaticales pour définir un concept. Selon lui, le langage est bien plus qu’un simple instrument d’information mutuelle. L’exemple de l’usage ou du non-usage du duel démontre que cette particularité serait un luxe inutile s’il ne s’agissait que du renforcement de la compréhension. Ainsi, « le langage est tout autre chose qu’un simple instrument servant à opérer la compréhension ; il est la réplique de l’esprit et des perspectives que les sujets parlants projettent sur le monde. »[13] 

L’introduction à l’œuvre sur le kavi, nommée par Humboldt La différence de construction du langage dans l’humanité et l’influence qu’elle exerce sur le développement spirituel de l’espèce humaine, vient quelques années plus tard apporter un complément aux questions soulevées dans les essais précédents. Nous sommes « en présence d’un texte prolixe, multiforme et de toute façon inachevé,»[14] que le linguiste Johann Carl Eduard Buschmann, contemporain de Humboldt, va réorganiser. Ce texte est, selon l’expression de Caussat, « un chantier ouvert. »[15] 

L’Introduction peut être divisée en trois grandes parties. La première aborde, bien sûr, le but de l’ouvrage mais développe également un exposé général sur la linguistique. La conception transcendantale de Humboldt y apparaît avec évidence. La deuxième partie porte sur la nature du langage et sur sa relation à l’homme. La troisième partie, enfin, traite du langage en relation avec les différentes nations qui composent l’espèce humaine. Nous suivrons ce plan en nous efforçant d’en dégager les principaux traits. 

La conception transcendantale. 

D’emblée, Humboldt met en relation étroite la dispersion de l’espèce humaine et la diversité des langues avec « la capacité que possède la dynamique spirituelle de l’humanité de se produire en exhibant des formes toujours nouvelles et souvent mieux élaborées. »[16] L’étude comparée des langues ne présente pas d’autre intérêt, selon lui, que de « viser le point singulier où la langue embraye sur les forces spirituelles qui irriguent la nation et lui donne son style propre. »[17] Le langage, dit-il, plonge ses racines dans la dynamique spirituelle de la nation. Chaque langue apparaît donc comme l’interface entre cette dynamique intérieure et les activités extérieures visibles de l’humanité. Dès lors, pour introduire son propos, Humboldt s’étend sur cette dynamique spirituelle à l’œuvre dans l’histoire humaine. « La langue est profondément engagée dans le développement spirituel de l’humanité dont elle accompagne pas à pas les flux et les reflux : elle est le reflet fidèle de chaque phase culturelle. »[18] 

L’évocation d’une dynamique spirituelle dans laquelle le langage prend racine révèle parfaitement la conception transcendantale du langage que Humboldt va développer. L’histoire humaine est à la fois composée d’une chaîne d’événements visibles et d’une « dynamique spirituelle dont l’essence n’est pas entièrement accessible, ni l’opération prédéterminable. »[19] Des forces spirituelles sont donc à l’œuvre dans chaque nation humaine et dans la langue qu’elle a produit au fil des siècles. Humboldt affirme que « les langues n’ont pu se développer sans épouser l’aventure vécue par les groupes qui les parlent, sans dévider l’écheveau du génie propre de ces groupes qui leur a imposé plus d’une contrainte. »[20] Il fait donc une différence entre le langage libre, autonome, et les langues, soumises aux contraintes du génie de chaque nation. 

L’approche philosophique de Humboldt est marquée, à l’évidence, par une conception romantique de la nation, propre à son époque. L’originalité de son approche est qu’il lie la langue à la nation mais aussi à ce qui constitue l’intériorité de celle-ci, l’esprit, le « principe interne de vie. »[21] Le langage est, pour lui, ce qui permet une vision du monde : « La production du langage répond à un besoin intérieur de l’humanité. Bien loin de se réduire à un simple besoin extérieur destiné à la communication sociale, il est immanent à la nature humaine, il est la condition indispensable pour qu’elle déploie les forces spirituelles qui l’habitent et pour qu’elle accède à une vision du monde. »[22] À cela s’ajoute, nous l’avons vu, pour chaque langue les caractéristiques du génie propre à la nation qui l’a développée. « L’interaction continue et créatrice entre la pensée, la langue et le monde est fécondée par une nation qui donne à la langue particulière l’essence de son individualité, et qui, dans le même temps, se constitue en tant que nation grâce à la langue. »[23] 

Dans un premier temps, Humboldt s’attache à expliquer les origines et le développement spirituel de l’humanité. Il décrit ensuite comment les langues se construisent. Et là encore, il rappelle que « les langues constituent la part la plus essentielle de la virulence spirituelle des peuples. »[24] Il ajoute cette précision : « Car on y trouve réuni l’ensemble des faits et des idées qui nous autorisent à voir dans le langage l’émanation du dynamisme spirituel de l’homme, et dans les formes si différentes où il se réfracte, autant de manifestations de ses possibilités d’individuation ; en d’autres termes, nous sommes invités à voir, dans le dynamisme spirituel lui-même, le principe qui fonde la différence des langues. »[25] 

Le concept de dynamisme spirituel est qualifié par Humboldt de « principe authentiquement créateur dont dépend le développement secret, voire mystérieux de l’humanité. »[26] C’est dire son caractère transcendantal ! 

Cette dynamique spirituelle étant identifiée comme une prescription intérieure, Humboldt revient sur l’idée que le langage est l’interface entre celle-là et les sollicitations extérieures. La langue est le centre de gravité entre l’interne et l’externe, entre l’esprit d’un peuple et les événements qu’il traverse. Ce centre de gravité entretient des liens très étroits avec le caractère de ce peuple.[27] 

Le dynamisme spirituel qui, selon Humboldt, est à l’œuvre dans l’histoire humaine s’accompagne de l’idée de progrès et même d’une portée téléologique. Humboldt parle des « progrès qui ne sont dus qu’à l’essor soudain d’une force inouïe et sans équivalent jusque-là. »[28] Une force tout intérieure qui procède par à-coups en des variations irrégulières mais qui conduit l’humanité à un degré supérieur de civilisation. La civilisation, dit-il, est l’humanisation des peuples. « À cet affinement de l’état social, la culture ajoute la science et l’art. »[29] Mais le rapport de chaque peuple à cette entreprise de civilisation varie. « Selon que les peuples s’adonnent à la pensée solitaire et à la méditation abstraite, ou bien exploitent à des fins extérieures et pratiques les possibilités de compréhension mutuelle qu’elle assure, la langue présente des types d’organisation bien différents. »[30] Nous voyons ici l’articulation entre le langage et la civilisation ainsi qu’entre les différents protagonistes qui contribuent à faire évoluer celle-ci et celui-là. Humboldt rappelle que « l’être individuel ne cesse d’appartenir à un ensemble, celui du groupe auquel appartient la nation, celui enfin de l’espèce tout entière. »[31] Ce rapport de l’individu à la nation se révèle fondamentale dans la création et l’évolution des langues. Celles-ci sont le reflet de la nation tout en étant « étroitement solidaires de la nature la plus intérieure de l’homme. »[32] Humboldt considère qu’il y a un échange mutuel et un rapport étroit entre l’individu, sa langue et sa nation. Il va même plus loin en affirmant que la langue est « le phénomène extérieur de l’esprit des peuples ; leur langue est leur esprit et leur esprit leur langue. »[33] Il y a pour lui identité entre l’esprit d’un peuple et sa langue. C’est dans cette mesure qu’il faut comprendre que le concept humboldtien de vision du monde (Weltanzicht)[34] désigne « une perception du monde organisée par une langue particulière. »[35] 

Humboldt a une vision holistique du langage. « La langue n’est pas faite d’atomes isolés, chacun de ses éléments s’annonce comme simple partie d’un ensemble. »[36] En cela il se distingue des linguistes qui considèrent les propositions complexes comme un ensemble de propositions élémentaires isolées. 

Pour conclure cet aperçu sur la conception transcendantale de Humboldt, disons que la langue est le principe actif de l’esprit d’une nation, que leur influence s’exerce mutuellement et qu’ainsi les nations « sont à même de répondre aux plus hautes sollicitations de l’humanité. »[37] Abordons à présent son analyse approfondie du langage. 

La nature du langage et sa relation à l’homme. 

Humboldt veut voir dans la langue « moins le produit mort que l’action productive elle-même. »[38] Plutôt que de s’intéresser aux fonctions traditionnelles du langage, comme la cognition et la communication, il porte son attention sur ce qu’il appelle le noyau originaire « où la langue et l’activité spirituelle s’enroulent l’une sur l’autre et s’influence mutuellement. »[39] Il y a donc un aspect dialectique entre la pensée et le langage. 

Le but de l’entreprise de Humboldt est de comprendre non seulement les mécanismes de construction du langage, mais aussi l’origine des différences de construction des différentes langues. Il envisage de sonder la communauté sociale qui en est la source et d’explorer les formes propres à chaque langue. Son travail porte à la fois sur le chaos de la diversité des langues et sur l’unité de la dynamique spirituelle de l’humanité. Ce qui l’intéresse c’est la langue en train de se constituer. « En elle-même, la langue est non pas un ouvrage fait [Ergon], mais une activité en train de se faire [Energeia]. »[40] 

Bien plus que les règles de la syntaxe ou des formations lexicales, ce sont des catégories universelles que Humboldt cherche à mettre en évidence dans la formations des thèmes nominaux. L’étude de la forme est importante et c’est en remontant « de la dispersion des éléments à l’unité qui les intègre qu’on parviendra vraiment à produire un concept légitime de la langue même. »[41] Pour cela il étudie la forme phonétique et l’usage qui en est fait, c’est-à-dire l’action de la pensée sur la langue. Il y a, dit-il, une adéquation du son aux opérations de l’esprit. 

Après avoir exposé la première fonction du langage, c’est-à-dire sa conception de la cognition, de la représentation de l’objet dans l’esprit du sujet, Humboldt aborde une autre fonction indispensable : la communication. Car « la langue ne se manifeste et ne se développe effectivement que dans le milieu social ; et l’homme ne se comprend lui-même qu’après avoir mis à l’épreuve des autres l’intelligibilité de ses paroles. »[42] Il n’y a donc pas de langage sans communauté et « tout parler, fût-ce le plus fruste, est un pont jeté entre l’impression solitaire et la communauté naturelle propre à l’humanité. »[43] 

Pour résumer, il est important de noter que nous trouvons chez Humboldt une série de couples conceptuels : Ergon/Energeia ; forme phonétique d’une langue/esprit d’un peuple ; individu/communauté. Ces couples conceptuels sont en constant dialogue et en interaction. 

Cette notion d’interaction est primordiale. C’est ainsi, par exemple que « les rapports que l’homme entretient avec les objets sont fondamentalement, et, osons le dire, puisque aussi bien l’affectivité et l’activité dont il est le théâtre dépendent de ses représentations, exclusivement réglés par la manière dont le langage les lui transmet. »[44] La perception est influencée par la langue utilisée, celle-ci se construisant dans l’influence de l’esprit d’un peuple, cet esprit étant lui-même élaboré par la langue. Nous retrouvons le concept d’Energeia. 

L’analyse approfondie poursuivie par Humboldt l’amène à examiner le système phonétique des langues. « Dès ses constituants les plus primitifs et les plus irréductibles, la langue est si complètement et si exclusivement enracinée dans la nature spirituelle de l’homme que, sitôt à l’œuvre, celle-ci réalise la condition suffisante et nécessaire pour convertir le son animal en son articulé. »[45] Humboldt aborde, dès lors, les aspects les plus techniques de son étude : la nature du son articulé, mais aussi les variations phonétiques, c’est-à-dire les mutations qui permettent « d’accroître le nombre et la multiplicité du matériel phonétique, sans effacer pour autant, dans l’élément qui en est issu, la trace de sa lignée d’origine. »[46] 

Un autre point important analysé par Humboldt est la relation entre les mots et les concepts. « Quand on parle de mots, on entend par là des signes qui renvoient, terme à terme, aux concepts. »[47] Le mot est le point de convergence entre la phonation et le concept. 

L’étude de la forme phonétique des langues permet à Humboldt de différencier et de comparer les nuances générées par chaque langue pour exprimer les besoins de la pensée. « L’ensemble du phénomène s’explique entièrement si l’on tient compte du processus naturel de la production du langage. La langue est, de par sa nature même, présente en totalité à l’âme, ce qui signifie que chacun de ses éléments est tel qu’il fait écho à d’autres termes qui restent encore indistincts, ainsi qu’à l’ensemble donné ou plutôt virtuel qui récapitule la totalité des phénomènes et les lois de l’esprit. »[48] C’est la forme phonétique qui a permis la différence des langues. Elle est l’obstacle incontournable que l’esprit d’un peuple doit surmonter dans l’instauration de sa langue. Chaque peuple a surmonté cette difficulté à sa manière, ce qui a produit une grande diversité dans le langage de l’humanité. Examinons, à présent, comment Humboldt a expliqué et analysé le rapport du langage avec la diversité des langues humaines. 

Le langage et les différentes nations de l’humanité. 

Les formes phonétiques seraient incapables de constituer un langage si elles n’étaient pas éclairées par les idées de l’esprit, « cette région, tout intérieure et purement intellectuelle, qui constitue proprement la langue ; raison d’être de l’usage des formes phonétiques, elle détient la clef du pouvoir qu’a la langue de conférer expression à toutes les valeurs et à tous les espoirs que, tout au long de la marche ascendante des idées, les plus grands génies de générations ultérieures brûlent de lui confier. »[49] Pour l’esprit, être c’est agir. Or l’esprit agit, existe, au moyen du langage. Rappelons que le langage, tel que le conçoit Humboldt, se compose d’un extérieur : la forme phonétique, et d’un intérieur : « le réseau des intentions et des idées. »[50] 

La formation des concepts s’inscrit parfaitement dans cette description. Il y a un choix qui se fait entre les perceptions extérieures objectives et les impressions intérieures subjectives. Ce choix varie selon les langues. C’est ainsi que les concepts reflètent l’esprit, le caractère, les propriétés de la nation. Les concepts viennent ensuite enrichir la langue. Ils communiquent « aux éléments phonétiques où ils s’incarnent un contenu plus profond et plus chargé de sens. »[51] 

Le fonctionnement du langage a ses lois mais cet aspect technique n’est pas là pour le limiter à la simple dénotation ni même à la simple communication. Bien au contraire, les lois de fonctionnement du langage doivent l’autoriser à ouvrir ses horizons et faire « à partir de moyens, un usage infini, puisque aussi bien c’est une seule et même force qui produit à la fois la pensée et la langue. »[52] D’une certainement manière, nous pouvons considérer cette force unificatrice comme l’élément affectif qui fait converger l’élément phonétique et le concept.[53] 

Poursuivant son œuvre de comparatisme historique et anthropologique, Humboldt examine de nombreuses langues, actuelles ou passées, démontrant chaque fois la présence de l’esprit du peuple qui s’y exprime. « Les impulsions profondes de l’esprit finissent toujours, dans les périodes au cours desquelles les nations façonnent activement leur langue, par se frayer la voie et se donner un contre-écho dans les éléments phonétiques. »[54] Que son travail porte sur la flexion ou d’autres formes grammaticales, Humboldt constate l’universalité des moyens que l’esprit se donne pour s’accomplir dans le langage. « Il importe de noter que, pour Humboldt, le ‘langage’, dans un sens, n’existe pas ; seule existe la langue, plus encore cette langue-ci, celle qu’actualise mon acte de parole. »[55] 

Malgré cette universalité, les langues présentent une grande diversité. Même si, pour Humboldt, celle-ci est superficielle, il faut toutefois expliquer son origine. En effet, « si le seul sens interne était en cause, et dans les limites du pouvoir simplement formel des langues, l’uniformité l’emporterait. »[56] Il y a donc un phénomène supplémentaire : d’une part le retentissement provoqué par le phonétisme et d’autre part l’individuation des productions du sens interne. Celui-ci est dans un rapport dialectique avec le phonétisme. « Il faut en effet compter avec la tension sous laquelle il règle le phonétisme et dont il module ce dernier pour en faire l’expression vivante et chatoyante de la pensée. »[57] 

Partie II  Décours et développements de la philosophie du langage 

Humboldt et le tournant linguistique. 

Avec Johann Gottfried von Herder et Johann Georg Hamann, Humboldt forme « un triumvirat tout en allitérations qui avait soumis Kant à une critique inspirée par le romantisme. »[58] Humboldt est un postkantien, lecteur attentif des Critique, sensible aux idées du mouvement romantique Sturm und Drang. Toutefois, il se distingue des autres postkantiens en ce qu’il n’aboutit pas à la recherche d’un système philosophique dont l’exemple le plus fameux sera donné par Hegel. « Les postkantiens corrigent le criticisme, Humboldt le prolonge et bâtit à-partir de lui, grâce à lui. »[59] Il emprunte donc une voie qui lui est personnelle et s’impose une nouvelle recherche sur l’homme. Cette recherche « possède déjà son fondement philosophique, le criticisme, mais elle doit nécessairement intégrer tous les savoirs nouveaux, nés des recherches empiriques, et les relier, les classer et les organiser systématiquement. Cette nouvelle recherche, c’est l’anthropologie comparée ; la méthode, l’alliance de la spéculation et de l’empirie. »[60] « Hegel et Humboldt représentent ainsi deux directions impliquées toutes deux, bien que contradictoires, dans le kantisme, la direction onto-théologique inséparable de la volonté de système, la direction anthropologique, non moins inséparable de la méfiance à l’égard du système (…). L’une conduit au discours absolu, l’autre au langage, l’une à l’infini actuel, l’autre à l’infini potentiel, l’un à Dieu, l’autre à l’homme : les deux aboutissements ont même source, la pensée critique. »[61] 

Les recherches linguistiques de Humboldt occupent, nous l’avons vu, l’essentiel des activités intellectuelles de la seconde moitié de sa vie et la rédaction de l’Introduction en est, en quelque sorte, le point d’orgue. Curieusement, si le sérieux et l’importance de ses recherches sont reconnus par ses contemporains, Humboldt reste peu lu. Il faut attendre Ernst Cassirer[62] et Martin Heidegger[63] puis Jürgen Habermas pour que ses travaux soient commentés à leur juste valeur ; soit plus d’un siècle après la publication de l’Introduction

Après la lecture de l’Introduction de Humboldt, une question se pose : peut rapprocher la démarche humboltienne de ce que l’on appelle depuis une trentaine d’années le linguistic turn, le tournant linguistique ? L’intérêt du philosophe Humboldt pour le langage n’en constitue-t-il pas les prémisses ? Notre réponse est positive si l’on accepte de ne pas réduire le linguistic turn à la seule publication du Tractatus[64] de Wittgenstein. Vincent Descombes résume le contexte en expliquant que « dans le lexique contemporain, on appelle ‘tournant linguistique’ une transformation qui affecte les principes même de l’activité philosophique, ce qui rend compte de la transition d’une époque (moderne) de la pensée philosophique à une nouvelle (contemporaine). Et, de même que la philosophie de la conscience avait connu plusieurs versions (selon que la conscience était prise plutôt comme expérience vécue ou plutôt comme acte de former un jugement), de même le tournant linguistique de la philosophie s’entend aujourd’hui de plusieurs façons. Il est commode de distinguer, en suivant un ordre chronologique : 1) le tournant herméneutique ; 2) le tournant pragmatique ; 3) le tournant logico-philosophique. »[65] 

Le tournant herméneutique de la philosophie rejette la position traditionnelle du philosophe qui s’extrayait du monde pour l’analyser et soutient la thèse que l’expérience humaine se comprend à travers son langage et l’interprétation qui peut en être faite. Ainsi Humboldt peut être considéré comme l’un des premiers philosophes du tournant herméneutique auquel viendront s’ajouter notamment Heidegger, Gadamer et Ricoeur. 

Le tournant pragmatique vient compléter cette position en mettant l’accent à la fois sur le contexte, l’énoncé du langage et la communication. Les travaux de Austin à cet égard en sont un bon exemple. 

Le tournant logico-philosophique, quand à lui, est initié par Frege et représenté principalement par le Wittgenstein du Tractatus. Il consiste à rechercher les fondements logiques qui sous-tendent le langage ordinaire. 

Humboldt se situe donc à l’origine du premier tournant linguistique, celui de l’herméneutique. 

Selon l’analyse de Habermas, « Humboldt distingue trois fonctions du langage : la cognition, dont la tâche est de concevoir des pensées et de représenter des faits ; l’expression, dont la fonction est d’exprimer des sentiments et de susciter des émotions ; enfin, la communication, qui consiste à communiquer quelque chose, à faire des objections et à réaliser des accords. »[66] 

Ces trois fonctions peuvent être comprises selon un point de vue sémantique, c’est-à-dire « sur la vision du monde inhérente au langage »[67] avec une insistance sur les fonctions cognitive et expressive qui sont mises en rapport. Elles peuvent également être comprises d’un point de vue pragmatique où « c’est la conversation qui occupe le premier plan »[68] avec une insistance sur les fonctions cognitive et de communication qui sont mises en rapport. Il y a donc deux lectures possibles du schéma des fonctions du langage chez Humboldt. L’une est sémantique, l’autre est pragmatique. La première a une dimension universelle, la seconde une dimension particulière et individuelle. Nous avons là, de nouveau, un couple conceptuel en tension et en perpétuel dialogue. Une dialectique qui traverse la tradition herméneutique de la philosophie du langage. 

Or rappelons-nous le double concept d’Ergon/Energeia que nous avions découvert chez Humboldt : un processus qui permet autant le pouvoir de l’homme sur le langage et le pouvoir du langage sur l’homme. Il en résulte que « des langues différentes semblent produire des visions du monde tout aussi différentes, tandis que le monde apparaît à tous les locuteurs comme un seul et même univers. »[69] L’objectivité est donc relative, pourrions-nous dire, car « bien que ‘le’ langage soit conçu pour ‘générer la pensée objective’ et qu’il remplisse la fonction cognitive de représenter les faits ces derniers ne peuvent être décrits que dans le cadre d’une vision du monde chaque fois fondée sur une langue. »[70] C’est ainsi que du point de vue sémantique, comme nous l’avions vu plus haut, « le langage ne peut remplir sa fonction cognitive qu’en association avec la fonction expressive. »[71] 

Citant d’autres textes[72] de Humboldt, Habermas rappelle que le point de vue sémantique n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène du langage. Seule la pragmatique formelle de la conversation est en mesure d’analyser le processus d’entente dans l’échange des idées. Nous sommes ici au cœur de la fonction de communication. L’exemple de la traduction d’une langue dans une autre permet à Humboldt de postuler un point de vue tiers supérieur qui se révèle nécessaire pour que deux personnes arrivent à se comprendre au-delà des différences de langue. « L’usage du langage à des fins de communication est lié à la fonction cognitive du langage, dans la mesure où, pour comprendre la langue étrangère, les deux parties doivent se référer, du point de vue qui est chaque fois le leur, au point de convergence communément admis d’un monde objectif. »[73] Nous sommes là dans le point de vue pragmatique dont nous parlions plus haut : « Ce lien interne entre la compréhension linguistique et l’entente à propos de quelque chose qui existe dans le monde explique pourquoi Humboldt associe à la fonction linguistique de communication une promesse cognitive. »[74] 

Ce postulat du point de vue supérieur constitue un rappel de la conception transcendantale du langage chez Humboldt. Son modèle de la conversation suppose donc deux aspects indispensables : se comprendre mutuellement et s’entendre à propos de quelque chose. Cela suppose une intersubjectivité de l’entente, car « c’est en réponse aux exigences même de la pensée que l’homme éprouve le besoin irrésistible d’un Tu qui fasse couple avec le Je. »[75] Humboldt en analysant le système des pronoms personnels explique que le Je permet l’attitude expressive ; le Il, l’attitude objectivante ; et le Tu l’attitude performative. 

Humboldt, rappelons-le, effectue son analyse à partir du point de vue pragmatique. « La forme des dialogues en général nous révèle les rôles, les attitudes et les relations interpersonnelles de leurs participants. Ceux-ci adressent leurs énonciations à une deuxième personne et attendent de ces allocutaires à la fois la compréhension et la réponse. »[76] De plus, l’intercompréhension est la condition de l’auto-compréhension. Cependant, sa conception de la compréhension mutuelle n’explique pas comment le point de vue supérieur, le rapport au monde objectif, est donné. « L’absence d’une analyse convaincante de la fonction représentative du langage, et donc des conditions de la référence et de la vérité, reste le talon d’Achille de toute la tradition herméneutique. »[77] 

C’est sur la déficience au niveau de la référence et de la vérité que vient se développer le courant logico-philosophique du tournant linguistique. Avec Frege tout d’abord, puis avec le premier Wittgenstein. 

Les approches herméneutique et analytique : distinctions et convergences. 

Résumons-nous. Dans l’approche herméneutique qui est la sienne, Humboldt a déterminé trois fonctions au langage : 

-          La cognition, qui sert à concevoir, à former des pensées, à présenter des faits, et qui permet la connaissance. C’est le niveau de la sémantique formelle

-          L’expression, qui sert à exprimer des sentiments et à susciter des émotions. C’est le niveau de la sémantique substantielle

-          La communication, qui sert à faire partager quelque chose, à faire des objections, à faire partager des accords. C’est le niveau de la pragmatique formelle

L’analyse sémantique met en rapport les fonctions cognitive et expressive. Dans l’analyse pragmatique ce sont les fonctions cognitive et de communication qui sont mises en rapport. Les travaux de Humboldt défendent le point de vue pragmatique où il y a tension entre la singularité et l’universel, une tension entre le monde projeté par le langage et l’aspect pragmatique qui ouvre la perspective universaliste. 

Chaque tendance de la philosophie du langage, qui s’est développée au XXème siècle, peut être replacée dans ce schéma et mise en rapport avec l’approche très complète de Humboldt. 

Frege et Wittgenstein se sont concentrés sur la fonction représentative du langage. Ils ont négligé la pragmatique formelle, mais c’est également le cas de Heidegger qui « s’est contenté de développer la ligne sémantique de la philosophie humboldtienne du langage. »[78] Quant à Gadamer, il part d’un point de vue pragmatique de la compréhension du sens. 

Pour ce qui est de la seconde moitié du XXème siècle, Habermas décrit trois courants principaux. Premièrement : Wittgenstein et Heidegger. « L’historicisme supérieur des jeux de langage et des ouvertures au monde qui marquent une époque est la source d’inspiration commune à la fois d’une théorie postempiriste de la science, d’une philosophie néopragmatique du langage et de la critique poststructuraliste de la raison. »[79] Une telle convergence semble faire fi du clivage entre les tendances herméneutique et logico-philosophique. Deuxièmement : Russell, Carnap et leurs successeurs Quine et Davidson, tenants de l’analyse empiristes du langage. Troisièmement : Putnam, Dummett et Appel qui voient un changement de paradigme dans le tournant linguistique et critiquent autant Wittgenstein que Heidegger en s’appuyant sur la pragmatique formelle. 

Ces convergences et cette recomposition du paysage de la philosophie du langage ont permis de redécouvrir Wilhelm von Humboldt qui est sans doute davantage lu aujourd’hui qu’il ne le fut dans les années qui suivirent la parution posthume de l’Introduction. Humboldt est commenté ou cité aussi bien par des philosophes comme Habermas que par des linguistes comme Bühler. L’Introduction à l’œuvre sur le kavi, ainsi que les autres textes de Humboldt, reste donc une œuvre majeure mais elle constitue aussi une référence par laquelle il convient d’être passé pour comprendre les tenants et aboutissants complexes de la philosophie du langage. 

Bibliographie 

Source première. 

HUMBOLDT Wilhelm von, Introduction à l’œuvre sur le kavi et autres essais, trad. fr. Pierre Caussat, Paris, Éditions du Seuil, 1974. 

Sources secondes. 

CHABROLLE-CERRETINI Anne-Marie, La vision du monde de Wilhelm von Humboldt, histoire d’un concept linguistique, Lyon, ENS Éditions, 2007. 

DESCOMBES Vincent, Edmond Ortigues et le tournant linguistique, in L’Homme, revue française d’anthropologie, Éditions EHESS, numéro 175-176, juillet-septembre 2005. 

HABERMAS Jürgen, Philosophie herméneutique et philosophie analytique, deux variantes complémentaires du tournant linguistique, trad. fr. Rainer Rochlitz, in Un siècle de philosophie 1900-2000, Paris, Éditions Gallimard [Coll. Folio essais], 2000. 

LEROUX Jean, Langage et pensée chez W. von Humboldt, Philosophiques, vol. 33, numéro 2, automne 2006, Société de philosophie du Québec, 2006. 

QUILLIEN Philippe-Jean, L’anthropologie philosophique de G. de Humboldt, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1991. 




[1] Wilhelm von HUMBOLDT, Introduction à l’œuvre sur le kavi et autres essais, trad. fr. Pierre Caussat, Paris, Éditions du Seuil, 1974. Ces données biographiques proviennent essentiellement de l’introduction de Pierre Caussat 

[2] Ueber die  Verschiedenheiten des menschlichen Sprachbaues, § 22, VI, 137s ; III,  174s, in Wilhelm von HUMBOLDT, op. cit.,  p. 16. 

[3] Briefe an Körner, Berlin, 1880, p. 130, in Wilhelm von HUMBOLDT, op. cit., p. 12. 

[4] Wilhelm von HUMBOLDT, op. cit.,  p. 23. 

[5] Ibidem, p. 39. 

[6] Ibidem, p. 65. 

[7] Ibidem, p. 80. 

[8] Ibidem, p. 84. 

[9] Ibidem, p. 88. 

[10] Ibidem, p. 97. 

[11] Ibidem, p. 101. 

[12] Ibidem, p. 105. 

[13] Ibidem, p. 119. 

[14] Ibidem, p. 135. 

[15] Ibidem, p. 138. 

[16] Ibidem, p. 143. 

[17] Idem

[18] Ibidem, p. 147. 

[19] Ibidem, p. 146. 

[20] Ibidem, p. 147. 

[21] Ibidem, p. 150. 

[22] Ibidem, p. 151. 

[23] Anne-Marie CHABROLLE-CERRETINI, La vision du monde de Wilhelm von Humboldt, histoire d’un concept linguistique, Lyon, ENS Éditions, 2007, p. 133. 

[24] Wilhelm von HUMBOLDT, op. cit.,  p. 155. 

[25] Ibidem, pp. 155-156. 

[26] Ibidem, p. 156. 

[27] Cf, ibidem, p. 159. 

[28] Ibidem, p. 160. 

[29] Ibidem, p. 164. 

[30] Ibidem, p. 169. 

[31] Ibidem, p. 173. 

[32] Ibidem, p. 175.

[33] Ibidem, p. 179.

[34] Concept dont Humboldt serait l’inventeur selon Chabrolle-Cerretini. 

[35] Anne-Marie CHABROLLE-CERRETINI, op. cit., p. 7.

[36] Wilhelm von HUMBOLDT, op. cit.,  p. 80. 

[37] Ibidem, p. 179. 

[38] Ibidem, p. 181. 

[39] Ibidem, p. 182. 

[40] Ibidem, p. 183. 

[41] Ibidem, p. 188. 

[42] Ibidem, p. 194. 

[43] Ibidem, p. 195. 

[44] Ibidem, p. 199. 

[45] Ibidem, p. 205. 

[46] Ibidem, p. 211. 

[47] Ibidem, p. 212. 

[48] Ibidem, p. 225. 

[49] Ibidem, p. 231. 

[50] Ibidem, p. 234. 

[51] Ibidem, p. 238. 

[52] Ibidem, p. 246. 

[53] Cf. Ibidem, p. 248. 

[54] Ibidem, p. 260. 

[55] Jean LEROUX, Langage et pensée chez W. von Humboldt, Philosophiques, vol. 33, numéro 2, automne 2006, Société de philosophie du Québec, 2006, p. 383. 

[56] Ibidem, p. 404. 

[57] Ibidem, p. 405. 

[58] Jürgen HABERMAS, op. cit., p. 177. 

[59] Philippe-Jean QUILLIEN, L’anthropologie philosophique de G. de Humboldt, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1991, p. 118.

[60] Anne-Marie CHABROLLE-CERRETINI, op. cit., p. 26.

[61] Philippe-Jean QUILLIEN, op. cit., p. 120. 

[62] Cf. Ernst CASSIRER, La philosophie des formes symboliques, Paris, Éditions de Minuit, 1972. 

[63] Cf. Martin HEIDEGGER, Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard [Coll. Tel], 1981. 

[64] Cf. Ludwig WITTGENSTEIN, Tractatus logico-philosophicus, Paris, Gallimard [Coll. Tel], 1993. 

[65] Vincent DESCOMBES, Edmond Ortigues et le tournant linguistique, in L’Homme, revue française d’anthropologie, Éditions EHESS, numéro 175-176, juillet-septembre 2005, p 455-474, § 11. 

[66] Jürgen HABERMAS, Philosophie herméneutique et philosophie analytique, deux variantes complémentaires du tournant linguistique, trad. fr. Rainer Rochlitz, in Un siècle de philosophie 1900-2000, Paris, Éditions Gallimard [Coll. Folio essais], 2000, p. 180.

[67] Idem

[68] Idem. 

[69] Ibidem, p. 184. 

[70] Ibidem, pp. 184-185. 

[71] Ibidem, p. 185. 

[72] Über den Nationalcharakter et Über das vergleichende Sprachstudium

[73] Ibidem, p. 188. 

[74] Ibidem, p. 189. 

[75] Wilhelm von HUMBOLDT, Le Duel, in Introduction à l’œuvre sur le kavi et autres essais, trad. fr. Pierre Caussat, Paris, Éditions du Seuil, 1974, 122. 

[76] Jürgen HABERMAS, op. cit., p. 194. 

[77] Ibidem, pp. 194-195. 

[78] Ibidem, p. 196. 

[79] Ibidem, p. 208. 

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